Démocratie à deux vitesses

Read this post in English "Double standard democracy"

J’ai écrit cela comme une lettre ouverte à l’éditeur pour l’Express d’Outremont (4 Avril, 2012).

Beaucoup de membres de ma famille hassidique et moi-même, ainsi que mes amis, avons été perturbés et attristés par le manque de civilité que quelques personnes ont affiché lors d’un incident avec la conseillère d’arrondissement Céline Forget, à l’occasion de notre fête du Pourim du 8 mars dernier. Personne ne devrait faire l’objet d’un tel comportement et les gens qui connaissent vraiment les juifs hassidiques savent que de tels actes ne sont pas représentatifs de nos valeurs ou de notre communauté.

Cependant, je suis tout aussi troublé par la montée en épingle de cet incident, alors qu’une brève vidéo est utilisée pour lyncher toute une communauté pour les actions de quelques-uns, en se fondant sur le principe de culpabilité par association, parce qu’il est plus facile d’agir de la sorte.

Pouvez-vous imaginer quelles auraient été les répercussions si les médias locaux avaient sommairement généralisé que de telles actions reflètent celles d’une autre communauté ethnique que celle des juifs hassidiques? Toute personne intellectuellement honnête sait qu’une telle généralisation aurait été condamnée. Mais d’une certaine manière, il est acceptable de le faire pour les juifs hassidiques d’Outremont.

Je trouve aussi qu’il est ironique de constater que Mme Forget s’est depuis elle-même dépeinte comme une  « victime » innocente de cet incident malheureux, alors qu’il est impossible pour elle de nier son rôle incendiaire dans la création de la tension qui a mené à ces actes regrettables. Encore une fois, permettez-moi d’être clair : elle ne devrait pas avoir fait l’objet d’un tel comportement. Mais en regardant la situation dans son ensemble, comment peut-elle avoir le culot de prétendre qu’elle ne porte aucune responsabilité dans ce qui est arrivé?

Elle prétend qu’elle documentait discrètement la conformité à la loi. Mais des témoins ont attesté du fait qu’elle a violé l’espace d’une voiture privée en collant une caméra sur sa fenêtre. Lorsque le conducteur est sorti de son véhicule et a décidé de procéder lui-même à un enregistrement photographique de ce qu’elle faisait, elle l’a giflé, ce qui a initié les hostilités. C’est la raison pour laquelle Mme Forget a été emmenée par la police afin d’être interrogée et c’est pour cette même raison que la personne attaquée par Mme Forget a effectivement porté plainte contre elle. Étrangement, cela n’a pas été rapporté avec la même vigueur que la vidéo l’a été.

Certains de nos voisins ont écrit à l’Express d’Outremont pour exprimer leurs points de vue basés sur une courte vidéo postée sur YouTube, en affirmant que notre communauté reçoit un traitement de faveur de la part de la police et des responsables de l’application de la loi; d’autres nous ont cyniquement accusés de « conduite en état d’ébriété » et « d’oppression des femmes ».

Tous les résidents ouverts d’esprit de Montréal feraient bien de considérer le fait que la communauté juive hassidique a vécu paisiblement à Outremont depuis plus de 60 ans, bien longtemps avant que Mme Forget et la plupart de ses collègues soient nés, et il n’y a jamais eu une telle manifestation publique d’irrespect. Pourquoi? Cette question reste à être posée.

La vue d’ensemble est ignorée

Quiconque lit son blog (et celui de son associé M. Pierre Lacerte) ou assiste à des réunions mensuelles du Conseil d’arrondissement peut attester qu’elle s’est donnée comme mission de cibler les juifs hassidiques d’Outremont. Depuis plus d’une décennie, Mme Forget et Pierre Lacerte ont consacré leur vie à cultiver une atmosphère d’animosité et d’intolérance envers notre communauté. Par la propagation de demi-vérités et la diffusion de fausses informations, ils ont, malheureusement, fait de grands progrès.

Tout d’abord par une « chasse aux sorcières » contemporaine, en prenant des photos lors de nos rencontres familiales, de nos événements communautaires ou devant les écoles (oui, même la vie privée de nos enfants est envahie par ces « fonctionnaires »); ils prétendent préserver le bien-être de la population, alors qu’ils cherchent en fait uniquement à nous impliquer pour des violations techniques de tous les délits mineurs possibles.

Ensuite en repoussant sans cesse la promulgation des règlements et la rédaction des règlements de zonage, ils démontrent leur intention d’étouffer et de réprimer la manière de vivre de notre communauté. La légalité n’est pas leur préoccupation. Mme Forget peut essayer d’utiliser des mots comme « respect de la loi » et « application des règlements », mais la vérité toute nue, c’est qu’elle applique un double standard en utilisant son zèle et son temps pour se concentrer uniquement sur la communauté hassidique d’Outremont. Sa politique du « nous » contre « eux » ne fera qu’exacerber les tensions.

Pouvez-vous imaginer un élu de tout autre arrondissement de la Ville de Montréal passant son temps à prendre en photo des maisons de particuliers, des commerces et des organismes communautaires afin de les signaler à la police et aux services municipaux? Est-ce que les résidents d’Outremont croient que Céline Forget est le genre de politicien capable de travailler à résoudre les différends et à favoriser un dialogue constructif?

Où est la démocratie?

Comment se peut-il que dans une grande ville nord-américaine, des lois qui ne sont même pas prises en considération par d’autres villes, soient effrontément adoptées de façon à perturber la manière de vivre d’une minorité paisible?

Il n’est pas question « d’accommodement » spécial pour la communauté hassidique. Nous, les Juifs orthodoxes, constituons un cinquième de la population d’Outremont. Sommes-nous toujours des étrangers qui devons être tolérés et accommodés?  Est-ce la démocratie qui nous gouverne, ou les préjugés? Nous faisons partie d’Outremont et Outremont fait partie de nous!

Oui, il y a des questions pertinentes, comme il y en a dans de nombreuses villes, en ce qui concerne le trafic, le bruit et les célébrations. Cependant ce sont des défis à relever avec de la bonne volonté et en travaillant ensemble. Si chacun d’entre nous peut aborder ces questions avec un esprit ouvert en favorisant un dialogue honnête les uns avec les autres, ils pourront être résolus. Mais laisser quelques individus amers discuter de ces questions en faisant preuve de mauvaise volonté est en train de détruire notre belle ville.

Et ensuite?

D’autres personnes de la communauté et moi-même avons décidé que nous ne sommes pas disposés à laisser la situation actuelle se poursuivre. Dans le but de cultiver une compréhension plus respectueuse et plus ouverte les uns des autres, nous lançons un site web où nous pourrons dialoguer ouvertement, et, espérons-le, dissiper certains mythes et discuter de certaines questions qui ont occasionné des frictions (nous essaierons d’être le plus bilingue possible).

Je voudrais inviter nos voisins d’Outremont à mettre de côté toutes les différences et à nous rejoindre au www.outremonthassid.com.

Merci,

Cheskie Weiss

Un juif hassidique d’Outremont



19 commentaires (2 commentaires en français, 17 commentaires en anglais)

To read or post comments in English go to "Double standard democracy"

Veuiller noter: Les commentaires laissés sur les articles correspondent à la langue de l’article, afin que la conversation se fasse de façon fluide.

  1. Laura S.
    30 avril 2012

    Merci beaucoup pour cette belle idée de site Web. En effet, je crois que nous somme nombreux à vouloir en savoir plus sur votre communauté, au-delà de ce qu’on peut lire dans les journaux rédigés par des observateurs externes. Merci de chercher à tisser des liens et bâtir des ponts, c’est le début d’une compréhension mutuelle.

    • Michel Savard
      30 avril 2012

      Je seconde. Très belle initiative. J’ai fait beaucoup de lectures sur votre fascinante communauté et j’ai aussi fait quelques merveilleuses rencontres. J’étais curieux, peut-être même un peu méfiant au début, je dois l’admettre, mais j’ai découvert une communauté très diversifié et beaucoup plus ouverte que ce que je croyais le percevoir. L’information et la communication ne sont-ils pas les meilleures armes que nous avons contre l’incompréhension et l’intolérance ?

      Bien humblement, à la lumière de mon expérience, j’aimerais suggérer aux québécois “pure laine” qui s’intéresseront à ce site une notion importante à savoir lorsqu’on veut apprendre à communiquer avec une communauté comme celle de nos amis hassidiques.

      Voici. Une communauté, c’est un ensemble d’individus, un groupe reconnaissable. Il est facile de juger un groupe. C’est sécurisant, puisqu’on les reconnaît. En revanche, il est plus difficile de juger un individu. On se sent coupable et on ne veut pas le blesser. La solution? Ne pas juger du tout.

      Malgré l’homogénéité de leurs apparences, les hassidiques sont aussi différents les uns des autres que nous le sommes. Malgré leur rigueur apparente, ce sont des gens qui aiment la fête et qui ont – entre eux du moins – un sens impeccable du partage social et du bien commun, une valeur que nous devrions leur envier un peu, surtout par les temps qui courent.