Oui, c’est de la pollution visuelle, mais il est fallacieux de s’en servir pour décrire les lieux de culte

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La couverture de l’Express d’Outremont, 10 décembre 2015

La couverture de l’Express d’Outremont, 10 décembre 2015

Au cours des dernières années, de nombreuses personnes, tant hassidim que non-hassidim, ont exprimé leur consternation face à la laideur de l’immeuble au coin de Bernard et Hutchison.

Nous avons donc décidé de faire quelques recherches en ce qui a trait à l’histoire du bâtiment. Avant de commencer, établissons d’emblée que ce lieu n’est ni négligé, ni soumis à des contraintes financières. En fait, l’intérieur est déjà complètement terminé et il est magnifique. Mais cela rend la question encore plus pertinente : pourquoi cela prend-il autant de temps pour terminer l’extérieur? Voici quelques images de l’intérieur.

Bien, commençons par parler de l’histoire de l’immeuble situé au 384-386 Bernard. Entre 1995 et 2003, il a été occupé par le restaurant Buymore, puis par le restaurant La Grand-Mère Poule entre 2003 et 2006. En novembre 2007, après avoir été inoccupé durant près de deux ans, le bâtiment a été vendu à un philanthrope hassidique bien décidé à y abriter une nouvelle salle d’études juives en mémoire de son père. Le bâtiment a été enregistré sous le nom de Congrégation Ohel Chaim.

Empêtré dans les obstacles bureaucratiques
En 2008, Ohel Chaim a d’abord demandé un permis pour démolir le bâtiment et en reconstruire un tout nouveau. Durant quatre ans, cette demande est restée coincée dans les échanges incessants entre les urbanistes de la Ville et le Comité consultatif d’urbanisme (CCU). En 2011, Ohel Chaim se rendit compte qu’il n’aboutirait à rien et décida à contre-cœur de renoncer au plan de démolition pour entamer des rénovations intensives. Afin d’éviter de faire traîner le projet plus longtemps en raison de la rigidité de la Ville face aux modifications des façades, il décida de diviser les travaux et fit d’abord uniquement une demande de permis pour les rénovations intérieures. Après avoir rapidement reçu ce permis, il en demanda un second pour les rénovations extérieures. En 2014, il reçut finalement le permis pour refaire l’extérieur et les travaux de briques démarrèrent immédiatement.

Une image générée par ordinateur d'un des plans

Une image générée par ordinateur d’un des plans

L’état actuel du bâtiment

L’état actuel du bâtiment

Au même moment, en 2014, il reçut également le permis attendu depuis longtemps pour faire une extension sur le côté Hutchison. L’extension a alors été rapidement construite et nous avons tous pensé que ce laideron allait finalement se transformer en un magnifique bâtiment. Mais tout cela s’est arrêté brutalement.

Trompé par l’architecte
Durant la pose de la brique, l’entrepreneur fit face à un problème et ne fut pas en mesure de suivre le design exact qui avait été approuvé. Alors qu’il était sur le point d’arrêter les travaux et d’attendre encore plusieurs mois pour obtenir l’approbation de la Ville pour modifier le design de façon minime, l’architecte affirma qu’il n’y avait pas besoin de l’approbation de la Ville. L’entrepreneur poursuivit donc les travaux et modifia légèrement la pose de la brique.

Mais voilà, l’architecte avait tort. Après que les briques aient été posées durant la première phase, la Ville découvrit la modification mineure et s’en insurgea vivement; elle mit un arrêt complet à toute nouvelle construction et exigea que les briques soient retirées. Bien entendu, la première chose que fit Ohel Chaim fut de congédier l’architecte qui les avait induits en erreur et d’en embaucher un nouveau. Ensuite ils passèrent toute l’année 2015, et jusqu’à il y a environ deux semaines, à tenter de faire rectifier le plan sans avoir à arracher les briques déjà posées. Mais ce fut peine perdue. Alors après avoir été longuement balloté entre les urbanistes et le CCU, Ohel Chaim a finalement renoncé et décidé de retirer les briques posées au coût de 50’000$ et de recommencer selon l’ancien plan.

Alors maintenant Ohel Chaim attend que l’ordre d’arrêt des travaux soit levé afin de faire retirer les briques posées et de recommencer à partir de zéro. Cependant, en raison du gel hivernal, les travaux ne pourront débuter qu’en avril 2016.

Journalisme trompeur
Tout ceci étant dit, le choix délibéré de l’Express d’Outremont d’utiliser cette photo pour représenter un « nouveau lieu de culte » est carrément trompeur. Outre le fait que cette image n’ait pas été prise dans Outremont, l’utilisation non contextualisée d’une imagerie négative pour dépeindre les « lieux de culte » sous un mauvais jour va à l’encontre des normes journalistiques de base.

Nous espérons que l’Express va réaliser que ce chemin est une pente glissante. Cette dégradation des normes journalistiques ne contribuera pas à faire d’Outremont un meilleur endroit, au contraire cela va juste faire germer le cycle de la discorde et de la division au lieu d’apporter la paix et l’harmonie.

Voir aussi Des mondes différents mais un espace commun : les enjeux de la diversité religieuse en contexte montréalais.



2 commentaires

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  1. Pierre Lacerte
    28 mars 2016

    Que de désinformation de votre part! Cet immeuble appartient à la communauté hassidique depuis le 2 mai 2007 et non depuis novembre 2007 comme vous le prétendez faussement. Le reste du texte est truffé defaussetés.

    juives

  2. Christian Aubry
    1 juin 2016

    Cher Pierre Lacerte, que voulez-vous dire par «truffé de faussetés. (…) juives?» Ah, je vous reconnais bien là! ;-) Sérieusement, puisque les commentaires de ce blogue vous semblent encore ouverts, bien que vous m’interdisez les vôtres, ayez la générosité de relever toutes ce faussetés ici-même. Personnellement, je suis toujours curieux d’apprendre des faits exprimés sereinement. Donc, de façon factuelle, si possible– pas dans le style furax et perfide de vos œuvres habituelles.