Outremont, où énoncer une évidence vous attire des ennuis

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Christian Aubry en train de se faire expulser de la consultation publique du 29 octobre.

Christian Aubry en train de se faire expulser de la consultation publique du 29 octobre.

Par Leila Marshy

Apparemment, vous n’êtes pas autorisé à appeler un chat un chat dans Outremont. Quand Christian Aubry a été éjecté de force par la mairesse lors d’une récente consultation publique, il avait certainement franchi une limite invisible. A-t-il menacé quelqu’un physiquement ou verbalement? Fait de fausses accusations? De la calomnie? Poussé des cris?

Ou n’a-t-il fait qu’un simple geste envers un groupe de personnes familières assises dans la salle, afin de poliment « transmettre un message d’espoir, même à mes concitoyens qui n’aiment pas les juifs hassidiques ».

Si vous pensez que ce dernier outrage a été commis à Outremont, vous avez malheureusement raison.

Le 29 octobre au soir, plus de 200 résidents ont rempli à craquer une salle du CCI afin de donner leur avis sur une proposition de changement de règlement en ce qui concerne la durée durant laquelle les souccas seront autorisées à être érigées. L’arrondissement lui-même a étudié la question et proposé que les cabanes juives soient autorisées 7 jours avant et 7 jours après la fête de Souccot, ce qui est une amélioration en regard de la règle vague et inapplicable des « 15 jours au total ».

Le règlement sur les souccas le plus restrictif du monde

Les règlements sur les souccas sont rares dans le monde. Ceux qui existent (Baltimore, Seattle) autorisent une période de grâce de 30 jours. Le seul autre règlement de cette nature à Montréal est celui de NDG-CDN, qui prévoit 7 jours avant et 7 jours après.

Sans surprise, la proposition de l’arrondissement a été bloquée par la conseillère Céline Forget, qui a plutôt proposé 3 jours avant et 3 jours après, ce qui est potentiellement la restriction la plus contraignante du monde. Cette contre-proposition est si mesquine que l’on en viendrait presque à penser qu’elle a été conçue pour engendrer la discorde.

Comme on pouvait s’y attendre, car tout roule comme sur des roulettes dans Outremont, les juifs hassidiques ont de nouveau été présentés comme des « lobbyistes » qui en demandent trop et qui jouent avec la patience de chacun avec leurs activités « illégales ».

Des douzaines de personnes ont défilé au micro pour exprimer leur support pour l’une ou l’autre des mesures. Deux conseillères d’autres arrondissements (Magda Popeanu de NDG-DCN et Christine Gosselin du Plateau) sont venues pour défendre le bon sens et la tolérance, et pour assurer que moins de 7 jours était une mesure indûment provocatrice. Elles se sont dites satisfaites avec les règlements sur les souccas dans leurs arrondissements (7 jours à NDG-CDN et aucun règlement sur le Plateau) et n’ont reçu aucune plainte.

Quand Christian Aubry a parlé, il a plaidé pour l’optimisme et les intentions positives, et il a tenté d’inclure même « ceux qui n’aiment pas les juifs hassidiques », c’est alors que la salle a éclaté et un groupe de personnes a commencé à huer, crier et chahuter. Comment ose-t-il?! Oui, comment ose-t-il appeler un chat un chat! La mairesse a alors fait un signe à la sécurité et l’a fait éjecter de force hors de la pièce. C’était à en donner le vertige!

Deux poids, deux mesures?

À la différence du traitement réservé à Christian Aubry, il y a le phénomène de Pierre Lacerte. Brandissant son blog comme une arme durant la dernière décennie, il a mené une attaque organisée contre la communauté hassidique d’Outremont, et même au-delà en ciblant souvent son site sur les communautés hassidiques à travers le Québec et le monde. De temps en temps, il jette aussi un œil incisif sur la communauté musulmane, pour faire bonne mesure. Il a même lancé un référendum contre la synagogue du Mile-End, réussissant à faire bloquer un projet de rénovation. Sa compagne d’armes est Céline Forget, une conseillère d’Outremont qui a été vue faire du porte à porte dans le Mile-End pour faire des pressions contre les juifs hassidiques. Elle les a même traînés en cour à de nombreuses reprises (et as perdu: Eruv et Munkac).

Lacerte se rend au conseil d’arrondissement mois après mois pour accuser la mairesse de collusion quand elle rencontre les représentants de la communauté hassidique. Lorsque trop de temps s’écoule sans que la mairesse les rencontre, il l’accuse alors d’ignorer « les problèmes ». Pour étayer ses allégations ou accusations mensuelles, il brandit toujours les « preuves » qu’il prend avec l’appareil photo qu’il porte à la ceinture. Il n’hésite pas à donner des noms et même des adresses, à faire porter le blâme sur toute une communauté pour des infractions aussi mineures que le stationnement en double ou pour des affaires graves comme la corruption. Pour lui c’est du pareil au même puisqu’ils sont tous des juifs hassidiques.

Il est difficile d’imaginer comment les autres arrondissements traiteraient un tel fanatique. Est-ce qu’ils le banniraient des séances publiques? Exigeraient des règles comportementales claires et strictes? Refuseraient de le prendre au sérieux? Riraient? Quoi qu’il en soit, à Outremont on lui offre une libre plateforme pour ses diatribes virulentes. Et non seulement ça, il a réussi à définir et encadrer le discours à un point tel que le conseil d’arrondissement a souvent peur de prendre des décisions qui autrement seraient pleines de bon sens quand elles s’adressent à un groupe qui représente 25% de la population d’Outremont.

Comment fait-il?

Ça doit être Photoshop. Directement sorties de 1995, les compétences de Lacerte dans Photoshop rivalisent avec celles des jeunes de 12 ans. Alors que la plupart des gens évitent d’utiliser des 2×4 métaphoriques pour faire valeur leur point, il n’a pas ce genre de scrupules. On ne peut que supposer que les conseillers d’arrondissement d’Outremont souffrent du syndrome de stress post-traumatique et craignent d’être esquintés par ses ciseaux incisifs.

Après tout, regardons ce qui est arrivé à ces élus officiels.

Ana Nunez, ancienne conseillère d’Outremont

Ana Nunez, ancienne conseillère d’Outremont

Michelle Courchesne, ancienne ministre de l’Éducation

Michelle Courchesne, ancienne ministre de l’Éducation

Lionel Perez, conseiller de NDG-CDN

Lionel Perez, conseiller de NDG-CDN

Louis Moffat, ancien conseiller d’Outremont

Louis Moffat, ancien conseiller d’Outremont

Même la mairesse n’est pas à l’abri. Ciblée sans relâche par les tactiques infantiles de Lacerte, en fin de compte Mme Cinq-Mars doit juste trouver beaucoup plus facile de tranquillement se laisser aller, car être confrontée semaine après semaine à de telles immondices ne peut que vous atteindre.

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Et puis il y a les pièces de résistance. Ses caricatures de la communauté hassidique sont sans limite. Faites l’exercice, essayez seulement d’imaginer comment quelqu’un sain d’esprit pourrait passer des heures et même des années à découper et coller des images aussi dégradantes et provocantes. L’expression « sain d’esprit » commence à perdre son sens.

Qui est légitime à Outremont?

Cette question sans réponse est en filigrane de chacun des règlements dans Outremont, de chacun des bâtons que Céline Forget met dans les roues, et de chacune des fois où Pierre Lacerte montre du doigt une communauté entière pour la dénigrer, l’humilier et l’accuser.

Qui doit respecter qui? Qui a le droit de dire ce qui est raisonnable?

_0000_Layer 12 Comme un observateur l’a souligné, « Outremont doit être le seul endroit où les gens, lorsqu’ils se présentent au micro, mentionnent systématiquement le nombre d’années qu’ils y habitent ». Les juifs hassidiques doivent « prouver » leur résidence, alors que leurs détracteurs utilisent leur statut de résidents comme des médailles d’honneur.

Les juifs hassidiques habitent depuis plus de trois générations dans Outremont, le Mile-End, Notre-Dame-de-Grâce et Côte-des-Neiges. Ils sont nés ici, s’y sont mariés, y ont des enfants. Ils vont à l’école, sont de plus en plus bilingues, et se présentent comme conseillers. Ils sont entrepreneurs, écrivains, travailleurs, bricoleurs, pâtissiers, programmeurs, rabbins, universitaires. Ils sont intéressants, ennuyeux, grands, petits, clairs, foncés, amusants, sérieux, énergiques, léthargiques, jeunes, vieux, gros, minces, très orthodoxes, peu orthodoxes, patients, impatients. Ils sont tout, ils sont nous.

Outremont traite les juifs hassidiques en édictant des règlements et des règles de zonage qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde, en ciblant chaque coutume ou pratique hassidique possible : la crémation du pain, les bus scolaires, les érouvs, les processions pour la Torah, la musique publique, les treillis sur les balcons, les célébrations de Pourim, et bien entendu les souccas.

Ça suffit!

Outremont, il est temps de prendre position. De dire que vous êtes bien décidés à avancer dans le 21e siècle, une ère qui est prête selon les jeunes gens – ce qui inclut votre nouvelle conseillère de 25 ans – pour une véritable communauté, sincère, tolérante, et qui ne craint pas de s’exprimer franchement face aux autorités. Beaucoup d’entre nous ont fait des contributions importantes aux bonnes relations dans Outremont. Nous avons construit des ponts solides et les avons traversés pour nous rencontrer dans un esprit d’optimisme et d’honnêteté.

Est-ce que vous allez nous rejoindre? Ou allez-vous rester dans le bac à sable avec les tyrans? Vous pouvez penser qu’il ne s’agit que d’un jeu, mais vous occasionnez des dommages qui sont réels et durables, et pas seulement à votre réputation.

Leila Marshy est la fondatrice des Amis de la rue Hutchison



9 commentaires (4 commentaires en français, 5 commentaires en anglais)

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  1. Mair Verthuy
    15 novembre 2014

    Non, je ne suis pas Juive, ni de père…, ni de mère. Mon prénom est gallois; en français il deviendrait «Marie.»
    Toujours est-il qu’en arrivant dans Outremont il y a quelques années, j’ai été estomaquée par l’attitude de certains de mes concitoyens et concitoyennes qui tenaient des propos au sujet des Hassidim que je n’avais jamais entendus ailleurs, n’ayant jamais eu le malheur de vivre dans un pays occupé entre 1939 et 1945. Voilà une communauté qui n’embête personne, qui ne cherche pas à convertir d’autres personnes, qui souhaite seulement de temps en temps fêter son Dieu en public. Voilà qui devrait réchauffer le cœur de tous les croyants, toutes les croyantes, quelle que soit la forme qu’adopte leur foi. Malheureusement, pour beaucoup, il n’en va pas ainsi. Ils ou elles préfèrent un monde divisé, un monde sous forme de pyramide, où les gens «différents» constituent le niveau le plus bas. Quelle perte de temps et d’énergie ! Une pyramide, pour rester pyramide, a autant besoin de sa base que de sa pointe. Cherchons plutôt ce qui nous réunit et profitons tous et toutes des talents et de l’intelligence des un-e-s et des autres.

  2. Pierre Lacerte
    16 novembre 2014

    Après avoir pris connaissance de ma chronique publiée le 15 novembre, Leila Marshy tente de corriger ses faussetés par d’autres contrevérités. Contrairement à ce qu’elle prétendait depuis trois jours sur cette page, Mme Forget n’a pas intenté et perdu plusieurs procès contre la communauté hassidique. Ce sont les hassidim qui l’ont poursuivi à répétition et qui ont perdu coup sur coup. Aujourd’hui, Mme Marshy affirme plutôt que Céline Forget a intenté et perdu les procès à propos de l’erouv et de la congrégation Munchas Elozer Munkas. Or rien n’est plus faux. Dans le cas de l’erouv, c’est Michael Rosenberg qui a poursuivi la Ville d’Outremont. Dans le second cas, c’est la Ville de Montréal (et non Mme Forget) qui a poursuivi la congrégation. écrivait sur cette page, le 13 novembre dernier.

    • Leila Marshy
      18 novembre 2014

      M. Lacerte,

      Tout ce ce que je peux dire, c’est merci à la famille Rosenberg d’avoir pris l’initiative de poursuivre la ville d’Outremont afin de protester contre l’interdiction des érouves. Aurait-elle eu gain de cause, elle aurait une autre loi punitive arbitraire à son actif. Le juge en chef a a précisé que la plainte de Mme Forget reposant sur le fait qu’un fil d’érouve l’empêchait de faire voler un cerf volant de “totalement frivole”. Il avait bien raison.

      En ce qui concerne le cas de la synagogue Munchas Elozer Munkas de la rue Saint-Viateur, la Ville de Montréal ne serait jamais allée en cour sans la demande expresse de l’arrondissement d’Outremont. Le seul représentant de la Ville et de l’arrondissement présent jour après jour était Céline Forget. Sur le fond de l’affaire, Outremont brandissait des règlements et restrictions de zonages illogiques afin de cibler un établissement juif.

      Comme de raison, le juge a estimé que la position de la Ville était intenable et l’a rejetée. Vous trouverez plus de détails ici. Il a eu des mots particulièrement durs concernant la pétition déposée par madame Forget, signée par 200 pétitionnaires ne résidant pas près de la synagogue ni même dans les rues avoisinantes.

  3. Cheskie Weiss
    19 novembre 2014

    Pierre, Great try to distract from main issues brought up by Leila. Seems like all you can tackle is the 2 words written in brackets about Mme. Forget. What about the rest of the article regarding yourself, nothing to say about that?

    Its so pathetic to say its the “ville” not Forget. Who is a “ville”? A mysterious sleuth behind a computer? A robot? Its “people” inside the “ville” like councilor Forget, who made the decisions to take down the Erouv and deny zoning permits for Munkac, which in turn instigated the lawsuits. Without her instigation, Outremont would of saved a few hundreds thousand taxpayers dollars in lawyers fees.