Vive le Québec et Lag B’Omer! – LaPresse

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Lag Beomer 2014

Vous trouverez ci-dessous un article publié dans la version papier de La Presse. Mais d’abord, voici trois témoignages de la part d’autres résidents de la rue Jeanne-Mance, qui nous ont contacté par courriel au sujet de l’événement Lag B’Omer.

James Bassil – Résident, rue Jeanne-Mance :
“…C’est toujours agréable de voir de la vie et de l’action dans la rue, et j’ai eu l’occasion de voir mes voisins hassidim faire la fête, ce que que je n’avais jamais vu. Il y avait plein d’enfants qui s’amusaient, c’était vraiment chouette…”

Danièle M. – Résident, rue Jeanne-Mance :
“…Je veux vous remercier du beau travail de relations publiques que vous avez fait, avec les deux lettres que vous avez distribuées dans les boîtes à lettres. En 23 ans dans le quartier, c’est la première fois que je vois un effort de la communauté hassidique pour nous informer d’un événement… J’ai apprécié le fait que la musique a été arrêtée à 23h et le feu éteint à 23h15. En plus, vers 0h15, tout était déjà ramassé et la rue était parfaitement propre. Vous avez été remarquablement efficaces!”

Saidet P. – Résident, rue Jeanne-Mance :
“…J’adore la diversité de notre cartier et j’espere et je rêve d’un rapprochement entre les résidents et j’espère que ce geste et un début pour avoir de relancions plus harmonieuse et d’échanges entre nous tous.”

Vive le Québec et Lag B’Omer! – LaPresse, 24 mai 2014

Natasha DeCruz:

LaPresse, May 24, 2014

LaPresse, May 24, 2014

Samedi soir, rue Jeanne-Mance, c’était la fête juive de Lag B’Omer. Nous sommes au coeur du Mile-End, ce quartier qui vit au rythme de diverses cultures, religions, langues et coutumes, tous les jours de l’année. C’est le Mile-End de Mordechai Richler et Wilensky’s. Ce quartier privilégié par combien d’artistes francophones qui ont choisi de vivre à côté de nous, les anglophones, ainsi que les Italiens, les Portugais et les Juifs hassidim.

Samedi soir, les employés de la Ville de Montréal étaient là en train d’installer les barricades autour du site pour le grand feu de joie pour célébrer l’anniversaire du décès du grand sage talmudique, Rabbin Shimon bar Yochai, qui a vécu au 2e siècle de l’ère commune. Il fut le premier à enseigner publiquement la dimension mystique du Torah, le Kabbalah, et l’auteur du Zohar (l’essense même du texte kabbalistique). Les filles juives en robes longues couraient sur les  trottoirs, en attendant le coucher du soleil, la fin du shabbat, pour allumer un grand feu en plein milieu de la rue.

Pendant que ma famille et mes amis s’installaient sur mon perron, quelques-unes de mes voisines Hassidim sont venues s’excuser, craignant que leur fête nous déranger. Le fils d’une amie était un peu sceptique en voyant la petite armée d’employés de la Ville qui se chargeaient d’installer l’équipement pour la fête : “J’aimerais bien savoir qui paye pour tout ça…” Mais cet étudiant en mathématiques, intelligent et surtout logique, ne pouvait réfuter l’argument d’une amie : “Ils (les Hassidims) payent des impôts comme tout le monde et ne profitent jamais de nos évènements (la St-Jean, le défilé du Père Noel et les festivals ad infinitum). Pour une fois qu’ils en profitent!”

J’habite le Mile-End depuis presque 20 ans, sur une rue très majoritairement Hassidim. Mon mari et moi sommes des anglophones de parents immigrants des quatre coins du monde. Nos trois garçons ont eu l’occasion de vivre en minorité dans la rue de leur enfance, ce qui les a permis d’observer, apprendre à comprendre et non juger les gens qui ne vivent pas comme nous et qui ne veulent pas être comme nous. Au fils des années, ils ont entendu  pas mal de remarques dénigrantes à l’égard des Juifs, et ils ont su répondre (en anglais et en français) avec des raisonnements qui reflètent parfaitement les valeurs d’une société démocratique et pluraliste.

Après les initiatives rétrogrades du Parti québécois, je peux dire que samedi soir j’étais fière d’être une québécoise. Samedi soir, nous avons eu le privilège de partager (même si ce n’était que pour un instant et très discrètement) la joie de nos voisins et concitoyens Juifs. C’était un véritable feu de joie que l’on admirer sous un ciel étoilé, pendant qu’un homme hassidim et un « hipster » dansaient dans ma cour, chacun tenant la main d’un petit garçon. J’avoue que certaines d’entre nous étaient un peu tristes de constater que les femmes ne dansaient pas. Mais, après tout, nous ne pouvons que nous contempler, à la lumière de nos propres valeurs de femmes. Libre à ces femmes Hassidim d’évoluer à leur rythme et à leur façon. Et libre à nous de questionner certaines de nos habitudes.

Madame Marois vous auriez dû être là  samedi soir. Mais malheureusement, dans un Québec où c’est permis de fêter Lag B’Omer, vous n’avez plus de place. J’aurais bien aimé jeter votre Charte dans les flammes ce soir-là. Une sorte de justice poétique. Adieu Madame Marois.

Natasha DeCruz est traductrice et journaliste indépendante. Elle a enseigné l’anglais langue seconde au Centre communautaire des femmes sud-asiatiques, et a contribué régulièrement à une émission de radio à CKUT. Elle habite le Mile-End avec son mari et ses trois beaux garçons.

Images de l’événement (Crédits photo : James Bassil, Zvi Hershkovitz) :



5 commentaires (2 commentaires en français, 3 commentaires en anglais)

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  1. Jean L
    30 mai 2014

    Quel domage, moi qui ai grandi a Outremont, et vis maintenant a Edmonton, j’ai manque cet evenement.

  2. Valentina
    2 juin 2014

    “C’était un véritable feu de joie sous un ciel étoilé, pendant qu’un homme hassidim et un « hipster » dansaient dans ma cour, chacun tenant la main d’un petit garçon.”

    Un “feu de joie”, il n’y existe pas une expression meilleure pour résumer et représenter ce qui c’est passé sur Jeanne Mance ce soir là.
    Un feu purificateur, peut être, pour recommencer à bâtir tous et toutes ensemble, chacun(e) avec ses moyens, un Quebec d’après la charte.
    Mais surtout un feu de joie, qui a su accueillir autour de soi des hommes et des femmes hassidims et aussi des gens du quartier et d’ailleurs (j’habite à Berri Uqam et j’étais là bas avec un ami qui est venu de Côte de Neige). Des petits gestes d’attention qu’on a reçu, comme le don d’une petite glace de la part d’un enfant ou l’aide pour qu’on puisse aisément se déplacer dans la rue au cas où on était juste de passage, le choix de faire l’annonce en yiddish-français, m’ont fait ressentir partie de ce moment et surtout partie de la communauté au sens large. Une communauté – outremontoise? montréalaise? québécoise? hassidim? toutes et aucune de ces quatre? – au frontières fluides, une communauté heterogene et plurielle mais où chacun(e) peut s’épanouir selon ses attitudes et ses croyances, tout en respectant l’ ”autre” avec des petites, mais essentielles, attentions.

    J’espère que cette célébrations, et aussi les autres (hassidiques mais aussi de toutes autres minorités) continuerons à être célébrés, toujours avec le même état d’esprit d’ouverture et de partage de la part de tout le monde !