La mairesse Cinq-Mars demande “ce qui fait un bon citoyen?” et rejette le blâme des règlements visant la communauté hassidique sur le manque de communication

Read this post in English "Mayor Cinq-Mars asks “What makes a good citizen?” Blames by-laws targeting Hassidic community on lack of communication"

Manque de communication? Pierre Lacerte « communiquait » très bien lors de la rencontre tenue à la bibliothèque du Mile End l’an passé.

Manque de communication? Pierre Lacerte « communiquait » très bien lors de la rencontre tenue à la bibliothèque du Mile End l’an passé.

« Qu’est-ce qui fait un bon citoyen? ». Cette question a été posée à plusieurs reprises par la mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars, lors de la dernière réunion du conseil du 4 mars. C’est une question à laquelle elle aimerait que la communauté hassidique réfléchisse. Elle estime que, à la différence des résidents « réguliers » d’Outremont, la communauté hassidique doit faire de l’introspection. En considérant que la communauté n’est pas responsable des fléaux urbains familiers comme la criminalité, les graffitis, le vol, la violence des gangs ou la drogue, nous ne pouvons que tenter de deviner ce à quoi elle fait référence.

Comme dans toutes les séances publiques mensuelles, les membres du public peuvent s’inscrire afin de poser une question. Lors de la session du 4 mars, quelques personnes de la communauté hassidique ont décidé de se faire entendre. Ils l’ont fait après avoir senti que les rencontres du conseil d’arrondissement d’Outremont étaient constamment prises en otage par une poignée d’individus qui se présentent systématiquement chaque mois pour attaquer et diffamer leurs voisins juifs hassidiques.

Une conseillère décline une rencontre de conciliation

Elka Pollak a débuté la soirée avec une question à la conseillère Céline Forget: « Je suis prête à parier que vous n’avez pas passé beaucoup de temps dans la communauté hassidique. Je voudrais donc vous inviter personnellement dans notre maison pour un repas, afin que vous puissiez voir comment nous vivons. »

Mme Forget a refusé l’invitation en disant: «Mon rôle de conseillère est de gérer l’espace public et l’intérêt public. » Et également « ce n’est pas le mandat que j’ai en tant qu’élue dans Outremont». Nous n’avons cependant pas pu nous empêcher de remarquer l’aisance avec laquelle elle allait dans les maisons « privées » lors du porte-à-porte de la campagne contre l’expansion de la synagogue Gate David sur le rue Hutchison en 2011.

Quand on lui a ensuite demandé pourquoi elle avait fait une telle invitation, Mme Pollak a répondu: « C’est comme si elle a peur de nous. Elle dépense beaucoup trop d’énergie à nous descendre. Peut-être que si elle pouvait voir que nous sommes des gens ordinaires, tout comme elle, cela pourrait tous nous aider ».

La prochaine personne au micro a ensuite été Mindy Pollak, membre du Comité aviseur sur les relations inter-communautaires, un comité officiel d’Outremont. Elle a rappelé que la mairesse avait dit lors d’une réunion précédente que les conseillers sont là pour le bien-être de leurs citoyens. « Comment se fait-il que le refus de l’administration de l’arrondissement d’autoriser les minibus à double essieu pour la fête de Pourim soit dans le meilleur intérêt et le bien-être de ses citoyens? »

Mme Pollak a rappelé à la mairesse que la police et les forces de sécurité d’Outremont encouragent l’utilisation des minibus pour des raisons de sécurité. « Ce n’est pas un débat » a dit Mme Cinq-Mars.

Mme Pollak a ensuite passé à sa question corollaire, adressée cette fois-ci à la conseillère Marie Potvin. « Quand vous avez voté pour refuser l’utilisation des minibus, vous avez déclaré que la communauté n’a ni collaboré avec l’arrondissement, ni débuté son travail suffisamment à l’avance. Comme vous devez le savoir, ces deux affirmations sont fausses. Nous avons travaillé directement avec l’administration et nous avons commencé ce travail l’automne dernier. »

Mme Potvin a répondu en disant qu’elle appliquerait ces conditions à toute communauté, par uniquement à la communauté hassidique.

Démonisation constante de la communauté par le biais du blog d’une conseillère

Leila Marshy, la fondatrice des Amis de la rue Hutchison, était la suivante au microphone. Elle a commencé par relever que bien que Montréal soit ethniquement très riche, il n’y a que dans Outremont qu’on retrouve une conseillère municipale qui passe son temps à attaquer de façon systématique sa propre circonscription. En plus de cela, elle utilise son blog pour dénoncer publiquement les  juifs hassidiques comme étant des lobbyistes et des criminels, allant même jusqu’à qualifier leurs efforts de sensibilisation communautaire de  « propagande ». Mme Marshy a demandé à la mairesse Cinq-Mars si elle estime que Mme Forget « aide à la collaboration que le comité et l’arrondissement s’efforcent d’établir »? Sa seconde question fut : « Est-ce que le blog de Mme Forget, qui se targue de ne rapporter que les faits mais est en réalité plein de commentaires éditoriaux et d’apartés, ne porte pas atteinte à la fois aux citoyens et au conseil, en ce qui a trait à la communauté hassidique? ».

La mairesse hésita en disant que ces questions devraient être adressées directement à Mme Forget. Pour sa part, Mme Forget a plaidé la liberté d’expression et a dit qu’elle était heureuse de constater que les gens lisent son blog.

C’est à ce moment que la mairesse Cinq-Mars a demandé à ce que nous réfléchissions tous à la question: « Qu’est-ce que cela signifie d’être un bon citoyen? ». Malheureusement, elle ne regardait pas Céline Forget alors qu’elle posait sa question.

Est-ce que la « propre » communauté de la mairesse Cinq-Mars se plaint vraiment?

Ensuite Meyer Feig a rappelé à la mairesse une invitation qui avait été envoyée par courriel aux conseillers un mois plus tôt, demandant que des efforts soient entrepris pour trouver des solutions aux différentes sources de conflit. « J’attends toujours que cette réunion s’organise », dit-il. Il a félicité la mairesse d’avoir créé le Comité, mais il a été déçu que « vous ne vouliez pas entendre ce qu’ils ont à dire et que vous n’acceptiez pas leurs recommandations. Notre communauté a participé à pas mal de projets de sensibilisation au cours de l’année passée : nous nous sommes retrouvés à la Bibliothèque du Mile End pour une réunion publique; nous avons divertis les aînés du Manoir Outremont; nous avons participé trois fois à la Journée des bons voisins; nous avons distribué des dépliants à nos voisins pour expliquer la fête de Pourim. Et pourtant tout cela n’est considéré que comme de la « propagande ». Ma question pour vous, Madame la mairesse est simplement : qu’elle est votre vision de la paix? La paix demande des actions, demande du courage. Où sont les actions et le courage de la part de l’arrondissement d’Outremont? »

La mairesse a dit qu’elle attendait toujours les recommandations du Comité – une déclaration étrange étant donné que le Comité qui se réunit depuis presque un an maintenant fait des recommandations régulières directement au Conseil. En ce qui concerne la paix, elle a dit que nous avons besoin de plus de communication. « Ne nous leurrons pas, il n’y a pas beaucoup de communication entre nos deux communautés, mais je suis heureuse de vous voir ce soir. Je ne sais pas quelle est la solution. De l’autre côté, des gens me disent que je travaille contre ma « propre » communauté parce que parfois je parle avec des hassidiques. » Nous ne pouvons qu’imaginer à quel « autre côté » elle faisait allusion, sans doute cette poignée d’instigateurs, dont fait partie Mme Forget.

M. Feig a suggéré que l’arrondissement prenne le leadership sur la question de la combustion du pain lors de Pâque. Il espère que les plaintes d’une ou deux personnes (encore une fois, la même poignée de personnes) ne conduisent pas à des mesures punitives de la part de l’arrondissement.

Pourquoi tous ces règlements qui ciblent la communauté juive hassidique?

M. Hirsch, a ensuite pris le micro. En réponse à certaines déclarations selon lesquelles les hassidiques n’interagissent pas avec leurs voisins, il a dit que ce n’était tout simplement pas vrai. « Par contre, a-t-il dit, chaque fois que je dis bonjour à un Québécois, ils agissent comme si je venais de tomber de la planète Mars». Mais blague à part, il avait des questions sérieuses.

« Vous débutez chaque séance en disant que vous voulez être juste envers tous les citoyens. Comment cela peut-être être juste qu’un si grand nombre de règlements adoptés au cours des 10 dernières années restreignent tout spécifiquement le mode de vie hassidique? Nous sommes des résidents d’Outremont depuis 60 ans, et nous y avons vécu dans la paix et l’harmonie complète. Par exemple, il y a des règlements contre les cabanes de Souccot, et pourtant les lumières de Noël sont allumées durant des mois : pourquoi n’y a-t-il pas de règlement contre cela? Vous avez adopté des lois contre les écoles juives qui occasionnent du trafic, mais si l’on regarde les écoles publiques du quartier, il y a énormément de trafic le matin et à nouveau dans l’après-midi. Pourquoi n’y a-t-il pas un règlement contre cela? Alors j’aimerais juste savoir : pourquoi les choses sont-elles si différentes pour notre communauté? »

La mairesse Cinq-Mars a commencé en disant que ce sont des questions délicates et qu’elle devait choisir ses mots avec soin. « Tout d’abord, nous vivons des vies parallèles, deux sociétés parallèles. Nous avons des règles et nous devons suivre les règles. Peut-il y avoir une tribune publique où l’on peut en discuter? J’ai de bonnes relations avec mes voisins hassidiques; nous sommes très polis les uns envers les autres. Oui, des règlements ont été adoptés, mais je ne veux pas entrer dans les détails. Je dis juste qu’il y a un manque de communication. Peut-être que maintenant nous sommes prêts à nous assoir ensemble et à discuter. »

Mr. Hirsch avait une question de suivi: « Il n’est pas toujours facile pour notre communauté de respecter la loi lorsque vous la changez constamment. Une année quelque chose est légal pour nous, l’année suivante c’est tout à coup illégal. »

Mairesse Cinq-Mars : « Nous avons besoin de davantage de communication positive entre nous. Moi aussi je reçois des contraventions de stationnement. Nous essayons d’être équitables. Nous devons penser à la manière dont nous pouvons être de bons citoyens. »

En effet : «Qu’est ce qui fait un bon citoyen?” C’est une excellente question, et nous sommes désolés que la mairesse Cinq-Mars, Céline Forget, Marie Potvin et Louis Moffatt n‘y aient pas encore répondu.



7 commentaires (2 commentaires en français, 5 commentaires en anglais)

To read or post comments in English go to "Mayor Cinq-Mars asks “What makes a good citizen?” Blames by-laws targeting Hassidic community on lack of communication"

Veuiller noter: Les commentaires laissés sur les articles correspondent à la langue de l’article, afin que la conversation se fasse de façon fluide.

  1. Marie Cinq-Mars
    4 avril 2013

    Madame Weiss,

    Je souhaite simplement rectifier les faits et vous mentionner que mes propos ne visaient pas uniquement les membres de la communauté hassidique, mais bien chacun de nous, citoyens d’Outremont. Ainsi, je vous réfère à l’article de Monsieur Joanny-Furtin, paru dans l’Express le 22 mars 2013, qui a bien rapporté mes propos et je vous invite à les lire.

    http://www.expressoutremont.com/Actualites/Politique/2013-03-22/article-3204791/Un-blogue-versus-une-communaute-/1

    Quelques extraits de l’article de Monsieur Joanny-Furtin:

    « J’aimerais ajouter, Madame Marchy, que nous vivons dans une société pluraliste où chacun a des droits, chacun a des obligations », a repris la mairesse. « Dans les échanges que j’ai lu à propos de la Pourim, j’ai relu un texte, un commentaire du B’nai B’rith qui disait que tout citoyen, toute personne de la religion, doit être un ”bon citoyen”. Je me suis posée la question ”Qu’est-ce que être un bon citoyen?”. »

    « Vous me faites penser à cette réflexion-là, et je me suis dis que le conseil pourrait peut-être demander à Madame Nunès de demander à son Comité ce que veut dire ”être un bon citoyen?” autant pour les personnes de la communauté hassidique que les personnes qui n’en sont pas. »

    « Peut-être que si on pouvait s’entendre sur ça, sur cette obligation pour avoir une bonne société paisible et en assurer la paix à Outremont», a conclu la mairesse. « Peut-être qu’on pourrait se pencher ensemble sur ce sujet. Je vous remercie et j’espère que nous aurons encore l’occasion de vous accueillir ici. »

    Marie Cinq-Mars

    • Joseph Grauss
      8 avril 2013

      Madame la Mairesse,
      Avec tout mon respect, bien que vous ayez tenté d’adoucir vos propos en y incluant « aussi » le reste de la population, il était tout à fait évident pour tous ceux qui étaient sur place que vous dirigiez surtout votre question « qu’est-ce qu’un bon citoyen » à la communauté hassidique, et non autres personnes présentes, et certainement pas à Mme Forget.

      Vous faisiez un suivi évident de la réponse de Mme Forget à Leila en disant « J’aimerais ajouter, Madame Marshy, que… » (tel que mentionné dans l’article que vous venez de citer).