Un vote du conseil d’Outremont contrecarre les efforts visant à renforcer les liens communautaires

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Un jeune hassidique sur un monocycle à Outremont. Vu dans le fond est un minibus actuellement interdit à Outremont - Pourim 2003

Un jeune hassidique sur un monocycle à Outremont. Vu dans le fond est un minibus actuellement interdit à Outremont - Pourim 2003

L’article suivant a été rédigé par Mindy Pollak, une femme hassidique d’Outremont qui siège sur le comité consultatif sur les relations intercommunautaires d’Outremont nouvellement créé. Cet article a été publié dans la Gazette de Montréal le 15 février 2013.

La communauté hassidique est profondément attristée par les résultats d’un vote survenu le lundi 4 février, lors du Conseil arrondissement d’Outremont.

La fête de Pourim est célébrée chaque année le 14 du mois hébreu d’adar – c’est à dire, en 2013, qu’elle débutera au coucher du soleil samedi soir prochain. Elle commémore un miracle qui est arrivé au peuple juif dans l’ancienne Perse. À Pourim, les enfants se déguisent et vont de maison en maison en collectant des fonds pour les pauvres, et en répandant la joie dans la communauté. Dans chaque ville où il y a des juifs hassidiques, les garçons âgés de 12 à 16 ans sont transportés par minibus pour célébrer dans leurs quartiers. Ces bus assurent la sécurité des enfants, et leur utilisation est encadrée par la police.

Les racines du problème qui a atteint son paroxysme le 4 février remontent à 2003, lorsque le conseil d’arrondissement a adopté un règlement visant à empêcher les personnes de monter ou de descendre des autobus interurbains à Outremont (comme ceux  que la communauté hassidique a utilisés pour voyager entre Montréal et New York).

Cependant, ce règlement a été adopté dans la précipitation, et sans beaucoup de réflexion. Les autobus y ont été définis comme étant des véhicules “à double essieu” – une définition qui a été retirée du code de la route du Québec. L’intention du règlement n’a jamais été d’interdire les petits minibus que la communauté utilise le jour de Pourim, mais il se trouve que cela a été son effet, car les minibus à un seul essieu sont difficiles à trouver.

Ceci dit, jusqu’en 2009 il n’y a pas eu des problèmes politiques avec les minibus à double essieu loués, jusqu’au moment où la conseillère indépendante Céline Forget a décidé d’examiner les différentes façons dont, selon elle, la communauté hassidique faisait fi des règlements municipaux.

L’an dernier, lors de Pourim, Madame Forget, sachant que les hassidim allaient utiliser des bus qui pourraient être qualifiés d’illégaux en vertu du règlement de 2003, a décidé de surveiller la fête elle-même. Comme certains s’en souviennent, cela s’est transformé en une confrontation regrettable qui s’est poursuivie sur YouTube.
Dans un effort pour éviter que ce spectacle se répète en 2013, les représentants de la communauté hassidique ont fait de nombreux efforts pour demander que le règlement soit modifié. Dans ce climat de tension et d’impasse, l’arrondissement d’Outremont a créé le Comité consultatif sur les relations intercommunautaires d’Outremont. La conseillère d’arrondissement Ana Nunes a proposé de présider le comité, composé de citoyens ordinaires et dont le mandat est de contribuer à favoriser les relations harmonieuses entre les différentes communautés d’Outremont.

À compter de mai 2012, le comité a entendu plusieurs parties: les agents de la police locale d’Outremont du poste 24, le directeur de la sécurité publique d’Outremont, les membres de la communauté hassidique et Pierre Lacerte, un adversaire de la communauté hassidique. En outre, le comité a consacré d’innombrables heures à vérifier que les autobus appropriés n’existent tout simplement pas.

 

Après de longues délibérations, le comité a élaboré une recommandation pour une exemption de deux jours au règlement de 2003. Une solution à long terme devait être trouvée, mais il était important d’avoir quelque chose en place pour 2013.

Pour sa part, la communauté hassidique a décidé de:
Distribuer des dépliants expliquant la fête et informer les voisins qu’ils feraient tout leur possible pour limiter la gêne occasionnée.
Rechercher des solutions de stationnement sur des rues à sens unique, afin de faciliter la fluidité du trafic.
Nommer un représentant pour s’assurer que tout irait bien.

La majorité du conseil était en faveur d’un tel amendement, mais il se ravisa apparemment pour ne pas donner l’impression de  «céder» à la communauté hassidique : la proposition d’amendement fut alors retirée de l’ordre du jour.

Mais juste avant la réunion du conseil du 4 février, une version édulcorée de la proposition a été glissée à l’ordre du jour sous la forme d’une annexe. Au cours de la période de questions, trois personnes (toutes affiliées à Mme Forget) ont pris le micro et ont déclaré leur opposition à toute modification du règlement. En dépit du fait que l’amendement proposé n’était pas à l’ordre du jour officiel jusqu’à la toute dernière minute, ils semblaient tout savoir à ce sujet.

Le maire a demandé à un conseiller de seconder la motion d’amendement présentée par la conseillère Nunes. Il y eut un silence et puisque personne ne prit la parole, les changements au règlement furent abandonnés.

Il est décevant pour la communauté hassidique que le conseil d’arrondissement d’Outremont n’ait pas jugé bon de faire en sorte que les enfants qui célèbrent Pourim puissent le faire dans un environnement sécuritaire et légal.

Au lieu de cela, les membres de communauté seront de nouveau traités comme des hors la loi la fin de semaine prochaine. Nous savons par expérience qu’il y aura un petit groupe de personnes déterminées à prendre des photos, à bloquer le trafic et à intimider les enfants.

Quel est la raison d’être d’un comité interculturel si le conseil d’arrondissement n’est pas intéressé à prendre ses recommandations au sérieux? Alors que nous continuons d’espérer qu’une solution puisse être trouvée, l’attitude régnant à l’intérieur du conseil d’arrondissement d’Outremont est symptomatique d’un problème plus vaste. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur un conseil d’arrondissement qui punit à répétition un groupe minoritaire avec des règlements idiosyncrasiques qui n’existent nulle part ailleurs à Montréal ou même dans le monde.



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